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Exposition Prix Caritas Photo Sociale 2022

  • Exposition

Infos pratiques

  • Date et heure
  • Lieu Galerie le Château d'Eau
  • Public Tout Public
Exposition Prix Caritas Photo Sociale 2022

Le Château d’Eau accueille le lauréat 2022 du Prix Caritas Photo Sociale Cyril Zannettacci «Parler à ceux que l’on n’écoute jamais !» ainsi que les deux finalistes Karen Assayag et Pierre Jarlan.

Le Prix Caritas Photo Sociale valorise les photographes qui donnent de la visibilité à la pauvreté et à l’exclusion en France. Il a été créé par le Réseau Caritas France, qui rassemble notamment le Secours Catholique, Cités Caritas, et la Fondation Caritas France, en partenariat avec Picto Foundation, Polka, Filigranes, collectif Fetart, la Saif et la Copie privée.

La « philosophie » du Prix Caritas Photo Sociale ne privilégie aucun genre, traitement ou procédé photographique. Il peut par exemple primer des démarches documentaires, des reportages ou des écritures plus contemporaines et artistiques.
Les choix du jury de l’édition 2022 viennent parfaitement illustrer cette diversité de propositions esthétiques pour aborder les situations de pauvreté, de précarité et d’exclusion en France.
Le lauréat, Cyril Zannettacci, s’inscrit dans une tradition de la photographie documentaire, venue d’un photojournalisme qu’il pratique en commande pour la presse française et internationale. C’est à Nanterre, au Centre d’Hébergement et d’Assistance aux Personnes Sans Abri ( CHAPSA) qu’il a pu constater l’état de délabrement de ce lieu qui accueille depuis la fin du 19ème siècle des gens de la rue pour un parcours de soin. Il a photographié ces espaces glauques, les solitudes qui s’y installent provisoirement, des détails qui deviennent des natures mortes significatives sans jamais hausser le ton.

C’est sans doute le fait qu’il ait su traduire ce qu’il observe, avec une gamme de teintes très fine, en mariant couleur et noir et blanc sans jamais chercher l’effet ou le spectacle, avec une belle retenue et une évidente désolation qui rend son témoignage tellement poignant. Le cri retenu n’en est que plus assourdissant.
Les finalistes ont choisi d’autres voies. Karen Assayag a travaillé en collaboration étroite avec des femmes en situation de grande précarité. En combinant leurs photos et les siennes, en leur proposant d’intervenir graphiquement sur certaines images, en y associant des enregistrements sonores elle produit un ensemble évitant tout misérabilisme, teinté même de gaieté, de couleurs vives et de rire.
Quant à Pierre Jarlan, son travail transmédias sur les conditions de vie et les rêves de jeunes migrants mineurs fait appel aux nouvelles technologies et nous propose de ne plus être seulement consommateurs d’images mais d’être vraiment les acteurs de leur lecture.

Christian Caujolle

Le lauréat 2022

Escalier en colimaçon avec chaise rouge devant la première marche
©Cyril ZANNETTACC, Nanterre, mai 2021 Le Centre d’Hébergement et d’Assistance aux Personnes Sans-Abri (CHAPSA).

Cyril Zannettacci « Parler à ceux que l’on n’écoute jamais ! »

C’est au cœur d’une unité de soins pour sans-abris que le photographe Cyril Zannettacci assiste en 2021, au déferlement de l’épidémie du Covid-19. Situé à Nanterre, aux portes de Paris, le Centre d’Hébergement et d’Assistance aux Personnes Sans-Abri (CHAPSA), lieu unique en France, accueille et accompagne des sans-abris dans un parcours de soin.
Avec ses airs d’hôpital abandonné, le centre accueille des sans-abris depuis la fin du 19ème siècle. À l’origine, il s’agissait d’une prison pour éloigner les mendiants. Il faudra attendre le début du 20ème siècle pour qu’il devienne le centre que l’on connaît aujourd’hui : un lieu accueillant exilés, travailleurs précaires, femmes fuyant les violences. N’ayant pas les mêmes ressources, ni la même réputation que la médecine classique, la médecine sociale souffre d’un manque considérable de moyens, de budgets et d’effectifs. Rationnement, voire disparition de certains produits d’hygiène, locaux vétustes, WC condamnés depuis des mois, équipe de nuit réduite à une infirmière et une aide-soignante pour quarante-huit patients…

À la tête du service médical, la docteure Valérie Thomas est à deux doigts de rendre sa blouse : aujourd’hui cet établissement hybride est au bord de la rupture. Elle déplore non seulement le «mépris d’État envers ceux qui soignent les plus pauvres», mais aussi l’injustice liée à la dégradation des services atteignant son paroxysme depuis l’épidémie. Elle « voit bien, comme ses équipes, le fossé qui sépare la médecine sociale de la médecine classique dans notre système de santé (…) il n’est pas aisé de trouver des subventions pour notre public, qui n’a aucun poids politique. Il est toujours plus facile financièrement de tenir une clinique à Neuilly qu’un centre pour sans-abri à Nanterre ».

Chambre de centre d'hébergement avec 3 lits, fenêtre ouverte. Peinture des murs verte.
©Cyril Zannettacci France, Nanterre, mai 2021 Les chambres du Centre d’Hébergement et d’Assistance aux Personnes Sans-Abri (CHAPSA).

Biographie de l’artiste

Photographe français né en 1973, il vit et travaille principalement à Paris. Membre de l’Agence VU’. Formé à l’école de la Société Française de Photographie, Cyril Zannettacci débute comme assistant : il acquiert une solide expérience des techniques de studio et collabore avec des photographes de renommée mondiale.
En 2011, il réalise un rêve de jeune photographe et effectue sa première commande pour le journal Libération, une rédaction pour laquelle il réalise de façon régulière depuis 2015, de nombreux portraits et reportages sur les sujets de société. Aujourd’hui, Cyril Zannettacci effectue également des reportages photographiques en collaborant avec des ONG et de nombreux magazines et journaux français et à l’international comme le New-York Times, Washington Post, Vanity Fair, CNN, The Guardian, Der Spiegel, Stern…

Livre > monographie publiée par
Filigranes éditions

« Parler à ceux que l’on n’écoute jamais ! »

Texte d’introduction de Romain Jeanticou

  • Co-production Prix Caritas Photo Sociale 2022
  • Collection Hors Collection
  • Format165 x 240
  • Français
  • Broché avec rabats
  • 72 photographies en couleurs
  • 80 pages

Les finalistes 2022

Karen Assayag «Ce qu’il reste au fond de moi»

Karen Assayag accompagne, depuis mars 2021, une quinzaine de femmes de 19 à 55 ans, en situation de grande précarité, accueillies au centre de jour de l’association Le Filon, à Paris. Elle y anime une activité créative, pour apporter à ces femmes un petit moment de joie, comme une parenthèse dans leur quotidien tumultueux. L’atelier se poursuit depuis plus d’un an, à raison de 2 séances par mois, et mêle photographie, peinture et écriture.

femme grimée se tenant le visage
©Karen Assayag / Hans Lucas.

Le travail présenté mixe des photographies prises à l’appareil jetable par chaque femme, avec des portraits que la photographe a pris d’elles lors de sorties individuelles. Chaque femme photographie ce qu’elle souhaite révéler et partager de son quotidien, hors de l’accueil de jour, seule…
Par la suite, ces photographies sont imprimées, commentées, peintes dans un esprit collectif, de brassage, de partage, de croisement des regards.
A travers l’atelier, modestement, elles ont mis un peu d’art à leur portée, les amenant un porter un regard différent et bienveillant sur elles-mêmes.
De ce travail émerge une certaine force qui émane de la personnalité et de la réalité du quotidien de ces femmes. Mais aussi de la couleur, de la joie, de la douceur dans le rapport à la féminité, de la détermination, de l’espoir. L’intention est de montrer qu’elles ne sont pas que des femmes en situation de grande précarité, mais qu’elles ont des ressources intérieures, une volonté de ne pas subir leur vie. Karen Assayag souhaite casser le cliché misérabiliste de la représentation de la grande précarité et raconter ce qu’il reste de beau au fond d’elles, malgré la dureté de leur vie.

Exposition réalisée avec la participation de Région Ile-de-France.

Biographie de l’artiste

Karen Assayag est née à Casablanca, au Maroc. Elle y a vécu 17 ans avant de s’installer à Paris. Elle a travaillé en agence de communication pendant 11 ans, sur des problématiques sociales et de prévention santé. En 2012, elle décide de se consacrer exclusivement à la photographie et intègre l’agence Hans Lucas.
Elle réalise des portraits et des séries documentaires. Elle développe aussi un travail créatif mêlant photographie et collages, photomontages, peinture. Elle met à profit cette approche créative lors des ateliers qu’elle anime dans les services pédopsychiatriques de l’hôpital Trousseau et Debré, et depuis un an auprès des femmes en situation d’exclusion via l’association Le Filon.
Elle collabore avec la presse (portraits et illustrations conceptuelles en commande). Karen est finaliste de la Bourse du Talent Mode 2013. Elle a exposé au cinéma Le Louxor, à l’Espace Beaurepaire, à Photodoc, et lors de la Biennale des Photographes du Monde Arabe 2019. Son travail a été projeté à la Maison Européenne de la Photographie, au Festival Face à la Mer et aux Rencontres d’Arles.

Pierre Jarlan «Ici et demain»

Comment donner la parole à des jeunes migrants sans les enfermer dans leur parcours migratoire ? C’est pour répondre à ce désir qu’est né le travail collaboratif transmédias « Ici et demain ».
Pierre Jarlan a créé, à partir de leur chambre, un dispositif transmédias à l’aide de la technique de la photogrammétrie regroupant pour chacun : une reconstruction en 3D de leur chambre ; une image de leur chambre vue du ciel en très haute résolution qui permet de passer de l’ensemble au détail ; un entretien sonore et un portrait photo ou vidéo.

Jeune homme levant la tête, assis sur son lit dans sa chambre. Vue de haut
©Pierre Jarlan Yankuba detaim lui regarde haut

Le foyer Pangéa est intégré au sein du dispositif Grands Voisins, un lieu parisien alternatif social et solidaire. Ce foyer loge des jeunes migrants mineurs accompagnés par des éducateurs de l’aide sociale à l’enfance et leur permet de retrouver un espace personnel pour se poser, se rassembler et construire son avenir. La chambre est le seul espace intime qui nous appartient, on y entasse les artefacts de notre vie.
C’est à partir de cet espace que le photographe a construit ce projet avec Céline, éducatrice au sein du foyer. Estimant que l’on enferme trop souvent les migrants dans le récit de leurs parcours migratoires, ils voulaient leur offrir une manière d’évoquer leurs rêves d’avenir ici et demain.

Ce projet s’est construit comme un travail collaboratif, avec les jeunes du foyer : Mohamed, Oury, Issa, Hafiz, Mahamat, Loseiny, Amara et Yankouba. Les jeunes mettent en scène dans leur chambre leurs objets, le photographe règle l’éclairage et réalise des centaines de photographies de la chambre

Biographie de l’artiste

Né en 1983 en France. Vit et travaille à Paris. Pédopsychiatre et photographe, Pierre Jarlan a eu un parcours atypique. De 2009 à 2011, il a été l’assistant du photographe Jean-François Rauzier, avec lequel il a travaillé sur le développement de narrations transmédia. En 2011, il a effectué une résidence à la School of Visual Art (New York). En 2016 & 2017, il a suivi une double formation aux départements Sciences cognitives et Art de l’ENS. C’est à cette occasion qu’il a commencé à développer des dispositifs transmédia (photo, son, film) comme point de rencontre. Ces outils permettent de documenter nos représentations psychiques et de produire une expérience artistique et une analyse scientifique. En 2022 il commence une thèse recherche création au sein du laboratoire SACRe, visant à poursuivre et améliorer ce travail d’exploration mêlant recherches scientifiques et artistiques.
Pierre a participé à plusieurs expositions en Europe et aux États-Unis. En parallèle de séries au long-cours, il réalise des travaux de commande. En 2016, il est lauréat de la Fondation pour la recherche Médicale, avec son projet “la perception des émotions à travers les images” (Photo, Sciences cognitives). En 2021, il est lauréat du prix Hangar pour le PhotoBrussels Festival avec son projet « Nos vies confinées” (Photo, Psychiatrie, Sociologie) documentant le vécu psychique du confinement.